Jawad Bendaoud, le logeur des jihadistes du 13 novembre, est relaxé

JUSTICE – C’est l’épilogue d’un procès hors du commun. Jawad Bendaoud, le logeur de deux jihadistes des attentats du 13 novembre 2015, qui a toujours clamé son innocence, a été relaxé ce mercredi 14 février. Il était poursuivi pour « recel de malfaiteurs terroristes ».

Délinquant multirécidiviste parfois surnommé « le logeur de Daech », Jawad Bendaoud encourait six ans de prison pour avoir mis à disposition d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des cerveaux présumés des attentats, et de son complice, Chakib Akrouh, un squat où ils s’étaient repliés à Saint-Denis. Quatre ans de prison ferme avaient été requis contre lui.

« Il n’est pas prouvé que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à des terroristes (…) afin de les soustraire aux recherches », a déclaré la présidente Isabelle Prévost-Desprez. À l’annonce du jugement, Jawad Bendaoud a levé les bras, tapé sur l’épaule de gendarmes et embrassé son avocat.

Une source judiciaire a indiqué à l’AFP en fin d’après-midi qu’il sortirait de prison « ce soir ».

1er procès du 13-Novembre

Mohamed Soumah, également jugé pour « recel de malfaiteurs terroristes », a quant à lui été condamné à 5 ans d’emprisonnement. Ce dernier a joué le rôle d’intermédiaire, en mettant en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux jihadistes, et Jawad Bendaoud. Le parquet avait requis quatre ans de prison contre lui.

Le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, a été reconnu coupable de « non-dénonciation de crime » terroriste et condamné à 4 ans de prison dont un avec sursis. Le tribunal n’a toutefois pas demandé de mandat de dépôt pour ce prévenu qui comparaissait libre. Il est le cousin d’Abdelhamid Abaaoud et le frère d’Hasna Aït Boulahcen, qui est morte aux côtés des jihadistes dans l’assaut du Raid. Le procureur avait requis cinq ans de prison avec mandat de dépôt contre lui.

Ce jugement rendu par Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires terroristes, conclut le premier procès en lien avec ces attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Un procès retentissant avec quelque 700 parties civiles, plus de 100 avocats (mais seulement six pour la défense), des rires déclenchés par les propos décalés de Jawad Bendaoud, des larmes des victimes des attentats.

« Dans la case voyou »

La mairie de Saint-Denis a exprimé dans un communiqué sa « stupéfaction » et son « choc » après l’annonce de la relaxe. « Ce verdict de relaxe renvoie dehors un délinquant multirécidiviste dont les pitreries ne doivent pas masquer la réelle dangerosité », estiment le maire Laurent Russier et le député Stéphane Peu. La municipalité « poursuivra son action déterminée pour accompagner les familles qui se sont retrouvées à la rue du fait des agissements de Jawad Bendaoud et « demande au Parquet général d’interjeter appel de la décision rendue ».

Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan et ancien vice-président de l’association de victimes « 13 onze 15 », a de son côté dit ressentir « une certaine fierté de faire partie d’un pays dans lequel la justice fonctionne bien ».

Abaaoud et Akrouh étaient arrivés le 17 novembre au soir dans l’appartement où ils sont morts le lendemain tôt dans l’assaut des policiers du Raid. Jawad Bendaoud, aujourd’hui âgé de 31 ans, a été interpellé peu après, alors qu’il venait d’expliquer à des journalistes de l’AFP et de BFMTV que l’assaut avait eu lieu chez lui. Il était devenu la risée d’un pays traumatisé par les attaques les plus meurtrières qu’ait connues la France.

Depuis le 18 novembre 2015, il nie avoir su que les deux hommes faisaient partie des commandos jihadistes. « Je ne savais pas que c’étaient des terroristes », a-t-il martelé lors de son procès qui a démarré le 24 janvier. « Même pour 150.000 euros, je n’aurais pas hébergé des terroristes. » « Je ne suis pas dans la case terroriste, mais dans la case voyou, délinquant, racaille », a renchéri son voisin dans le box, Mohamed Soumah.

Le procureur Nicolas Le Bris a été en partie convaincu par les arguments de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah. « Il n’y a pas suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer qu’ils connaissaient et savaient que ces deux fuyards avaient participé aux attentats », a dit le procureur. En revanche, « ni Mohamed Soumah ni Jawad Bendaoud ne pouvaient ignorer qu’ils apportaient leur aide à des criminels en fuite », a-t-il ajouté.

« Je parie à 80% que je vais être condamné »

Les réquisitions les plus lourdes ont visé Youssef Aït Boulahcen. Il a cherché à « masquer un projet d’attentat d’Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau », dans le quartier de La Défense cette fois, selon le procureur. Lui a nié être lié au groupe État islamique, « cette idéologie de destruction ». « Je respecte scrupuleusement la loi française, je travaille, je paie mes impôts », s’est-il défendu. « Oui, Abdelhamid Abaaoud est mon cousin germain, mais ce n’est pas de ma faute. »

Les avocats des trois prévenus avaient demandé la relaxe pour Jawad Bendaoud. Mais, dans son ultime déclaration dans ce procès, il avait lancé: « Je parie à 80% que je vais être condamné. Il y a l’opinion publique, les familles des victimes ».

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